Par Fabrice Tassel, GQ (26 juin 2018)

Dieu est-il encore un fumeur de havane ? Devenue la plaque tournante du cigare premium, la République dominicaine s’est imposée comme le principal fournisseur des États-Unis. Mais l’éventuelle levée de l’embargo contre Cuba pourrait bien renverser la vapeur. Voyage dans les volutes caribéennes.

C’est la première dégustation du jour. La petite troupe des visiteurs encore assoupis écoute d’une oreille distraite le directeur de la manufacture disserter sur la culture du tabac. Seul un homme le crible de questions. Il sautille, jongle entre un smartphone et un énorme ­boîtier, gonfle studieusement ses joues pour savourer la fumée de son cigare. Il est 10 heures. Au bout d’une vingtaine de minutes, alors qu’il vient d’interrompre une énième fois l’homme de l’art, celui-ci réplique en riant : « Voilà le monde de demain, les Chinois vont m’expliquer mon métier ! » L’agitation retombée, on s’approche du curieux. « ­Pablo Meng », indique sa carte de visite. Il ne s’appelle bien sûr pas « Pablo », mais peu importe. Il organise des événements autour du cigare à Shanghai et sa soif de connaissances est aussi impressionnante que sa maîtrise de l’espagnol.

La planète cigare, riche de ses dizaines de milliards de chiffre d’affaires annuel, est en mouvement : la dynamique se trouve en République dominicaine, cela n’a donc rien d’un hasard si Pablo Meng y furète. La « RD » est devenue en quelques années la plaque tournante du cigare premium (la gamme construite à partir des meilleurs tabacs) avec une production d’environ 250 millions de cigares faits à la main chaque année (beaucoup plus si on inclut ceux fabriqués par des machines), soit environ la moitié du marché mondial, et trois fois plus que Cuba et sa réputation mythique. Les deux géants du business organisent chaque année leur propre festival, une grand-messe pour les professionnels du monde entier et un moment de plaisir pour quelques dizaines de passionnés qui s’offrent une semaine de vacances au milieu des volutes. Si la version cubaine se déroule à La Havane, le festival dominicain prend ses quartiers dans le nord, à Santiago de los Caballeros, poumon économique du pays autour duquel s’éparpillent les domaines du « cartel » – les onze producteurs membres de Procigar, du nom de leur puissant lobby et de leur festival. (…)


https://www.gqmagazine.fr/lifestyle/voyage/articles/la-flambee-du-cigare-dominicain/65651

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